SEMPE-GOSCINNY_LES VACANCES DU PETIT NICOLAS.pdf

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SEMPÉ-GOSCINNY
SEMPÉ-GOSCINNY
Les vacances du Petit Nicolas
Denoël
C’est papa qui décide
La plage, c’est chouette
Le boute-en-train
L’ île des Embruns
La gym
Le golf miniature
On a joué à la marchande
On est rentrés
Il faut être raisonnable
Le départ
Courage!
La baignade
La pointe des Bourrasques
La sieste
Jeu de nuit
La soupe de poisson
Crépin a des visites
Souvenirs de vacances
Jean-Jacques Sempé est né à Bordeaux le 17 août 1932. Elève très
indiscipliné, il est renvoyé de son collège et commence à travailler à dix-
sept ans. Après avoir été l’assistant malchanceux d’un courtier en vins et
s’être engagé dans l’armée, il se lance à dix-neuf ans dans le dessin
humoristique. Ses débuts sont difficiles: mais Sempé travaille comme un
forcené. Il a collaboré et collabore encore à de nombreux magazines,
Paris-Match, L’Express...
En 1959, il «met au monde », avec son ami René Goscinny, la série des
Petit Nicolas. Il a depuis publié de nombreux albums — une vingtaine.
D’autres sont en préparation. Sempé, dont le fils se prénomme bien sûr
Nicolas, vit à Paris (rêvant de campagne) et à la campagne (rêvant de
Paris).
René Goscinny est né à Paris en 1926 mais il a passé son enfance et
son adolescence en Argentine. Après des études brillantes au collège de
Buenos Aires, il exerce de nombreux métiers: sous-aide-comptable,
apprenti dessinateur dans une agence de publicité, secrétaire, militaire,
journaliste.., avant de se lancer, sans grand succès, dans le dessin
d’humour. Cela lui permet cependant de travailler aux Etats-Unis avec
toute l’équipe du magazine satirique Mad.
De retour en France, il trouve enfin sa voie comme scénariste de bandes
dessinées; il va créer Astérix avec Uderzo, Lucky Luke avec Morris.
Parallèlement, il fonde en 1959 le magazine Pilote, qu’il dirigera jusqu’en
1974.
René Goscinny est mort en 1977.
Une studieuse année scolaire s’est terminée. Nicolas a remporté le prix d’éloquence,
qui récompense chez lui la quantité, sinon la qualité, et il a quitté ses condisciples qui
ont nom : Alceste, Rufus, Eudes, Geoffroy, Maixent, Joachim, Clotaire et Agnan. Les
livres et les cahiers sont rangés, et c’est aux vacances qu’il s’agit de penser
maintenant.
Et chez Nicolas, le choix de l’endroit où l’on va passer ces vacances n’est pas un
problème, car...
C’est papa qui décide
Tous les ans, c’est-à-dire le dernier et l’autre, parce qu’avant c’est trop vieux et je ne
me rappelle pas, Papa et Maman se disputent beaucoup pour savoir où aller en
vacances, et puis Maman se met à pleurer et elle dit qu’elle va aller chez sa maman, et
moi je pleure aussi parce que j’aime bien Mémé, mais chez elle il n’y a pas de plage,
et à la fin on va où veut Maman et ce n’est pas chez Mémé.
Hier, après le dîner, Papa nous a regardés, l’air fâché et il a dit :
— Ecoutez-moi bien! Cette année, je ne veux pas de discussions, c’est moi qui décide
Nous irons dans le Midi. J’ai l’adresse d’une villa à louer à Plage-les-Pins. Trois
pièces, eau courante, électricité. Je ne veux rien savoir pour aller à l’hôtel et manger
de la nourriture minable.
— Eh bien, mon chéri, a dit Maman, ça me paraît une très bonne idée.
— Chic ! j’ai dit et je me suis mis à courir autour de la table parce que quand on est
content, c’est dur de rester assis.
Papa, il a ouvert des grands yeux, comme il fait quand il est étonné, et il a dit : «Ah ?
Bon.»
Pendant que Maman débarrassait la table, Papa est allé chercher son masque de pêche
sous-marine dans le placard.
— Tu vas voir, Nicolas, m’a dit Papa, nous allons faire des parties de pêche terribles,
tous les deux.
Moi, ça m’a fait un peu peur, parce que je ne sais pas encore très bien nager ; si on me
met bien sur l’eau je fais la planche, mais Papa m’a dit de ne pas m’inquiéter, qu’il
allait m’apprendre à nager et qu’il avait été champion interrégional de nage libre
quand il était plus jeune, et qu’il pourrait encore battre des records s’il avait le temps
de s’entraîner.
— Papa va m’apprendre à faire de la pêche sous-marine ! j’ai dit à Maman quand elle
est revenue de la cuisine.
— C’est très bien, mon chéri, m’a répondu Maman, bien qu’en Méditerranée il paraît
qu’il n’y a plus beaucoup de poissons. Il y a trop de pêcheurs.
— C’est pas vrai! a dit Papa ; mais Maman lui a demandé de ne pas la contredire
devant le petit et que si elle disait ça, c’est parce qu’elle l’avait lu dans un journal ; et
puis elle s’est mise à son tricot, un tricot qu’elle a commencé ça fait des tas de jours.
— Mais alors, j’ai dit à Papa, on va avoir l’air de deux guignols sous l’eau, s’il n’y a
pas de poissons!
Papa est allé remettre le masque dans le placard sans rien dire. Moi, j’étais pas telle-
ment content: c’est vrai, chaque fois qu’on va à la pêche avec Papa c’est la même
chose, on ne ramène rien. Papa est revenu et puis il a pris son journal.
— Et alors, j’ai dit, des poissons pour la pêche sous-marine, il y en a où?
— Demande à ta mère, m’a répondu Papa, c’est une experte.
— Il y en a dans l’Atlantique, mon chéri, m’a dit Maman.
Moi, j’ai demandé si l’Atlantique c’était loin de là où nous allions, mais Papa m’a dit
que si j’étudiais un peu mieux à l’école, je ne poserais pas de questions comme ça et
ce n’est pas très juste, parce qu’à l’école on n’a pas de classes de pêche sous-marine ;
mais je n’ai rien dit, j’ai vu que Papa n’avait pas trop envie de parler.
— Il faudra faire la liste des choses à emporter, a dit Maman.
— Ah! non! a crié Papa. Cette année, nous n’allons pas partir déguisés en camion de
déménagement. Des slips de bain, des shorts, des vêtements simples, quelques
lainages...
— Et puis des casseroles, la cafetière électrique, la couverture rouge et un peu de
vaisselle, a dit Maman.
Papa, il s’est levé d’un coup, tout fâché, il a ouvert la bouche, mais il n’a pas pu
parler, parce que Maman l’a fait à sa place.
— Tu sais bien, a dit Maman, ce que nous ont raconté les Blédurt quand ils ont loué
une villa l’année dernière. Pour toute vaisselle, il y avait trois assiettes ébréchées et à
la cuisine deux petites casseroles dont une avait un trou au fond. Ils ont dû acheter sur
place à prix d’or ce dont ils avaient besoin.
— Blédurt ne sait pas se débrouiller, a dit Papa. Et il s’est rassis.
— Possible, a dit Maman, mais si tu veux une soupe de poisson, je ne peux pas la
faire dans une casserole trouée, même si on arrive à se procurer du poisson.
Alors, moi je me suis mis à pleurer, parce que c’est vrai ça, c’est pas drôle d’aller à
une mer où il n’y a pas de poissons, alors que pas loin il y a les Atlantiques où c’en est
plein. Maman a laissé son tricot, elle m’a pris dans ses bras et elle m’a dit qu’il ne
fallait pas être triste à cause des vilains poissons et que je serai bien content tous les
matins quand je verrai la mer de la fenêtre de ma jolie chambre.
— C’est-à-dire, a expliqué Papa, que la mer on ne la voit pas de la villa. Mais elle
n’est pas très loin, à deux kilomètres. C’est la dernière villa qui restait à louer à Plage-
les-Pins.
— Mais bien sûr, mon chéri, a dit Maman. Et puis elle m’a embrassé et je suis allé
jouer sur le tapis avec les deux billes que j’ai gagnées à Eudes à l’école.
— Et la plage, c’est des galets? a demandé Maman.
— Non, madame! Pas du tout! a crié Papa tout content. C’est une plage de sable! De
sable très fin! On ne trouve pas un seul galet sur cette plage !
— Tant mieux, a dit Maman; comme ça, Nicolas ne passera pas son temps à faire
ricocher des galets sur l’eau. Depuis que tu lui as appris à faire ça, c’est une véritable
passion chez lui.
Et moi j’ai recommencé à pleurer, parce que c’est vrai que c’est chouette de faire
ricocher des galets sur l’eau ; j’arrive à les faire sauter jusqu’à quatre fois, et ce n’est
pas juste, à la fin, d’aller dans cette vieille villa avec des casseroles trouées, loin de la
mer, là où il n’y a ni galets ni poissons.
— Je vais chez Mémé ! j’ai crié, et j’ai donné un coup de pied à une des billes
d’Eudes.
Maman m’a pris de nouveau dans ses bras et elle m’a dit de ne pas pleurer, que Papa
était celui qui avait le plus besoin de vacances dans la famille et que même si c’était
moche là où il voulait aller, il fallait y aller en faisant semblant d’être contents.
— Mais, mais, mais..., a dit Papa.
— Moi je veux faire des ricochets ! j’ai crié.
— Tu en feras peut-être l’année prochaine, m’a dit Maman, si Papa décide de nous
emmener à Bains-les-Mers.
— Où ça? a demandé Papa, qui est resté avec la bouche ouverte.
— A Bains-les-Mers, a dit Maman, en Bretagne, là où il y a l’Atlantique, beaucoup de
poissons et un gentil petit hôtel qui donne sur une plage de sable et de galets.
— Moi je veux aller à Bains-les-Mers ! j’ai crié. Moi je veux aller à Bains-les-Mers
— Mais, mon chéri, a dit Maman, il faut être raisonnable, c’est Papa qui décide.
Papa s’est passé la main sur la figure, il a poussé un gros soupir et il a dit:
— Bon, ça va! j’ai compris. Il s’appelle comment ton hôtel?
— Beau-Rivage, mon chéri, a dit Maman.
Papa a dit que bon, qu’il allait écrire pour voir s’il restait encore des chambres.
— Ce n’est pas la peine, mon chéri, a dit Maman, c’est déjà fait. Nous avons la
chambre 29, face à la mer, avec salle de bains.
Et Maman a demandé à Papa de ne pas bouger parce qu’elle voulait voir si la
longueur du pull-over qu’elle tricotait était bien. Il paraît que les nuits en Bretagne
sont un peu fraîches.
La plage, c’est chouette
Le père de Nicolas ayant pris sa décision, il ne restait plus qu’à ranger la maison,
mettre les housses, enlever les tapis, décrocher les rideaux, faire les bagages, sans
oublier d’emporter les oeufs durs et les bananes pour manger dans le compartiment.
Le voyage en train s’est très bien passé, même si la mère de Nicolas s’est entendu
reprocher d’avoir mis le sel pour les oeufs durs dans la malle marron qui est dans le
fourgon. Et c’est l’arrivée à Bains-les-Mers, à l’hôtel Beau-Rivage. La plage est là, et
les vacances peuvent commencer...
A la plage, on rigole bien. Je me suis fait des tas de copains, il y a Blaise, et puis
Fructueux, et Mamert ; qu’il est bête celui-là ! Et Irénée et Fabrice et Côme et puis
Yves, qui n’est pas en vacances parce qu’il est du pays et on joue ensemble, on se
dispute, on ne se parle plus et c’est drôlement chouette.
Va jouer gentiment avec tes petits camarades, m’a dit papa ce matin, moi je vais me
reposer et prendre un bain de soleil. » Et puis, il a commencé à se mettre de l’huile
partout et il rigolait en disant : « Ah ! quand je pense aux copains qui sont restés au
bureau! »
Nous, on a commencé à jouer avec le ballon d’Irénée. « Allez jouer plus loin », a dit
papa, qui avait fini de se huiler, et bing ! le ballon est tombé sur la tête de papa. Ça, ça
ne lui a pas plu à papa. Il s’est fâché tout plein et il a donné un gros coup de pied dans
le ballon, qui est allé tomber dans l’eau, très loin. Un shoot terrible. « C’est vrai ça, à
la fin», a dit papa. Irénée est parti en courant et il est revenu avec son papa. Il est
drôlement grand et gros le papa d’Irénée, et il n’avait pas l’air content.
— C’est lui! a dit Irénée en montrant papa avec le doigt.
— C’est vous, a dit le papa d’Irénée à mon papa, qui avez jeté dans l’eau le ballon du
petit?
— Ben oui, a répondu mon papa au papa d’Irénée, mais ce ballon, je l’avais reçu dans
la figure.
— Les enfants, c’est sur la plage pour se détendre, a dit le papa d’Irénée, si ça ne vous
plaît pas, restez chez vous. En attendant, ce ballon, il faut aller le chercher.
Ne fais pas attention, a dit maman à papa. Mais papa a préféré faire attention.
— Bon, bon, il a dit, je vais aller le chercher, ce fameux ballon.
— Oui, a dit le papa d’Irénée, moi à votre place j’irais aussi.
Zgłoś jeśli naruszono regulamin